Marie-Claire, mode Paul Smith

Marie-Claire, Qui se cache derrière Paul Smith septembre 2004

 

Anobli en l'an 2000 par sa majesté Elisabeth II pour services rendus à la mode britannique, sir Paul Smith n'est pas né pour autant dans la soie. Il voit le jour à Nottingham, au lendemain de la guerre. Son père vend du linge de maison et un peu de confection. A une époque où l'on ne parle pas encore de VRP, Mr. Smith «fait les tournées». Mrs Smith, elle, veille sur leur sweet home. Une vie rangée comme une sitcom...

Le déclic

Paul, à l'époque, ne s'intéresse ni aux études ni aux chiffons. Il rêve de devenir cycliste professionnel, comme Tom Simpson ou Louison Bobet. A 15 ans, il quitte l'école. C'est décidé, il sera le roi de la petite reine! Mais à 17 ans, un très grave accident de vélo vient bouleverser ses ambitions. Serait-il devenu un grand champion? On peine aujourd'hui à imaginer ce gentleman, mélange de Mick Jagger et de Jacques Tati, grimpant le mont Ventoux, le mollet rasé, et le maillot jaune PTT sur les épaules. Après six mois d'hospitalisation, Paul va traîner son désoeuvrement dans les pubs de Nottingham. Et c'est dans l 'un d'eux, le Ring Bell, qu'il rencontrera Pauline, alors étudiante en stylisme.

Pour Paul, c'est une révélation. Un choc tel, qu'à 21 ans il épouse Pauline. Dans la dot: deux enfants, deux chiens et deux chats. «J'ai loué une famille», plaisante-t-il aujourd'hui. Avec la nouvelle Mrs Smith, le jeune homme décide d'ouvrir une boutique, à Nottingham, quelques heures par semaine. L'endroit est minuscule, on y trouve de grandes marques, et déjà quelques créations personnelles.

La face cachée d'une doublure

Comment se démarquer quand on a peu de moyens? C'est à cette époque que Paul va découvrir la face cachée de la doublure. Une veste secrètement fantaisiste, ça vous change un costume. Et ça vous marque un style. Fleurs et rayures vont donc se mettre à jouer à cache-cache dans son atelier. Il ira un jour jusqu'à parier sur le nombre de couleurs associables dans un motif rayé. Il arrivera à vingt-et-une pour une rayure entre le code-barres et l'arc-en-ciel, devenu aujourd'hui sa marque de fabrique.

A tout juste 30 ans, Paul Smith va présenter sa première collection à Paris. Trois ans plus tard, il ouvre sa première boutique à Londres, au 44 Floral Street. La rue des fleurs, joli symbole pour cet amoureux de l'imprimé, ce digne enfant du Liberty...

Sumo de la distribution

Aujourd'hui, Paul Smith possède quatorze boutiques en Angleterre, et deux cents au Japon! Le grand mince joue les sumos de la distribution chez les Nippons. Il est vendu dans trente-cinq autres pays, dont la France, mais veille jalousement sur l'indépendance quasi familiale de l'entreprise qui porte son nom, Paul Smith Limited.

Son inspiration, Paul la trouve en voyageant. Il observe, engrange des scènes, des impressions, qu'il intègre dans ses collections. La saison dernière, il interprétait à sa façon, toute personnelle, le monde de la marine. Cette fois-ci, il a ramené d'Inde et d'Afghanistan des tissus très chargés qu'il a mêlés avec délectation, et toujours une bonne dose d'humour, à de l'ultra-classique.

Sa marque s'articule aujourd'hui autour de douze collections différentes, de la mode masculine aux parfums (le petit dernier, London, est vendu en exclusivité chez Sephora à partir du 16 août, ndlr), en passant par les chaussures, les montres, les stylos, les lunettes ou la vaisselle! Paul Smith continue pas à pas, conscient que dans la mode, comme dans le cyclisme, l'important c'est de durer...