Non ma fille, tu n'iras pas danser

Sur le pont du Nord...

Je suis allée voir Non ma fille, tu n'iras pas danser, aussi communément appelé "Le film avec Chiara Mastroiani, tu sais..."
Dans le Télérama, le petit bonhomme des pages critiques fait sa tête d'orgasme à propos de ce film. Et moi, quand le petit bonhomme de Télérama a un orgasme, je sors mon Lexomil. Voilà pourquoi j'y allais avec circonspection (ma copine). En plus, le sujet me faisait un peu peur : la mère de famille qui remet tout en cause à l'approche des terribles 40, on en parle beaucoup en ce moment dans les magazines. C'est la fameuse crise de la quarantaine, qui ne peut être qu'hormonale, comme tout ce qui touche à la psychologie féminine...
Bref, j'étais assez décidée à ne pas aimer, pour tout vous dire.
Et. En fait. Ce film est une claque.
Il y a des films de filles (beaucoup), des films sur les femmes (parfois), mais il y a rarement de films DE femmes. Certes, celui-ci est signé Christophe Honoré, mais Christophe Honoré est une femme, je ne vois pas d'autre explication. A moins, à moins qu'il ne s'agisse ici de l'influence de Geneviève Brisac, qui a co-écrit le scénario. Geneviève Brisac qui en connaît un rayon en matière de complexité (pardon, de subtilité) féminine. Geneviève Brisac que vous avez peut-être aperçue, un jour, dans une émission littéraire, et dont les immenses yeux noirs résument tout ce qu'on pourra jamais dire sur la femme. C'est notre Virginia Woolf à nous, Geneviève Brisac. D'ailleurs, elle lui a consacré un livre.

Non ma fille, tu n'iras pas danser...
Déjà, le titre est un chef d'oeuvre. Faire ainsi allusion à une chanson qui a angoissé (et qui doit continuer d'angoisser) des générations de petites filles! Il devrait y avoir une loi pour interdire certaines comptines.
Quant à la réalisation...
Dès les premières images, on entre dans cette famille de dingue. C'est notre famille de dingue à nous, notre maison de famille qu'on n'a pas à nous, notre jupe en jean, notre petit pull rayé, le copain de notre frère amoureux de nous... Et les enfants, finalement très perturbés par les errements de leur mère, sont nos enfants potentiellement perturbés à nous.
Tous les personnages sont merveilleusement complexes. Même l'ex-mari, pour vous dire! L'ex d'ailleurs interprété par Jean-Marc Barr, le dernier fantasme des années 80 depuis que Patrick Swayze nous a quitté. et rien que pour ça, il faut aller voir le film.

Quant à Chiara Mastroiani, évidemment qu'elle est lumineuse, impeccable, et qu'elle a enfin rencontré un rôle à la mesure de son talent. Mais, en même temps, c'est un sacré cadeau, ce personnage de femme.
Je n'ai pas testé le film sur un homme. La dernière fois que j'avais vu ce genre d'histoire au ciné, c'était Le lait de la tendresse Humaine, de Dominique Cabrera. J'avais adoré, il avait détesté, on avait failli divorcer...