Les Mystères de la vie (ou de la mauvaise influence de Titeuf)

J'ai , de toute évidence,engendré deux obsédés. Et le fait d'être allé voir Les beaux gosses au cinéma ne m'a pas rassurée. C'est étrange, l'idée d'être un jour la mère de deux adolescents boutonneux se soulageant dans une chaussette devant les pages lingeries du catalogue des Trois Suisses me déprime. Peut-être parce que je n'ai jamais été très VPC...
J'y arriverai pas. J'y arriverai pas. J'y arriverai jamais. Je parle du fait d'assumer leur adolescence. Déjà que, là, c'est pas facile.
Je vous raconte?
D'abord, y'a mon aîné (comme dirait Brel). Un enfant qui, à 6 ans, se révèle enfin tactile. Mais au lieu de m'abreuver des câlins innocents auxquels j'ai logiquement droit en tant que mère (vous pensez bien que je me suis renseignée), il ne m'aborde plus que les deux mains en avant en annonant "totooottes", tel un Frankeinstein du pelotage ! Mais, à qui est cet enfant? Hé! Mon corps m'appartient, mon p'tit vieux! Non mais...
Cela dit, je ne suis pas la seule à profiter de son intérêt.
Dois-je vous le raconter? Ne me fera-t-il pas un procès une fois adulte, comme le fils de Brigitte Bardot? Heu, oui, bon d'accord. Mais c'est vous qui avez insisté.
Apparemment, moi qui, en mère parfaite, contrôle toutes leurs activités télévisuelles (comprenez que je ne profite pas de la télé pour rester au lit le dimanche matin même si, ô, c'que j'en ai envie!), j'ai raté un certain épisode de Titeuf où il était apparemment question de "sucer le zizi"... Je les entendais donc tous les deux dans le bain l'autre jour répéter avec le ton transpirant l'intelligence qu'ils adoptent dès qu'ils parlent de ces choses là "sucer le zizi gnark gnark, sucer le zizi". Jusqu'au moment où mon aîné a déclaré à son frère (oups, ai-je bien entendu?) : "Et Noé, tu me ...".
Hum.
J'abandonnais en pleine panique le repas extrêmement équilibré que j'étais en train de mitonner, pour me précipiter telle super Jaimie (toutoutoutou) vers la salle de bain où j'arrivais. Trop tard.
Mais ça va pas non! Votre corps vous appartient aussi certes, mais vous n'êtes peut-être pas obligé de vous le prêter entre frères. Considérez-le, je ne sais pas moi, comme un truc extrêmement personnel, une dS par exemple.
"Mais maman pourquoi tu cries? C'est rigolo!"
"Parce que, on ne fait pas des choses comme ça, ça met mal à l'aise les adultes".
Je ne sais pas si j'ai bien répondu. Julien Green raconte qu'il est devenu homosexuel pour moins que ça...
Le rêve de mon grand (pas si grand) en ce moment? Devenir un ADO, oui, un ado majuscule. Il se trouve que je lui ai trouvé, le week-end dernier, dans le TGV, juste après lui avoir inspecté les oreilles (oui, le train m'ennuie) un poil dans le nez. Un vrai poil d'ado majuscule (je vous demande un peu). Moi, atterrée. Son père : rigolard. Son petit frère : envieux. Et lui: hystérique, et hurlant dans le wagon : "J'AI COMMENCE MA PUBERTE? JE SUIS UN HOOOOOOOOMME!!!!!".
You know what? I'm consterned...
Vous pensez que le petit, mon bébé, mon agneau innocent, ne suit pas les traces de son grand frère? Mon oeil! C'est lui qui l'a poussé à la curiosité. La preuve : avant qu'il n'arrive dans notre famille, son grand frère était aussi pur que moi, sa mère (oui bon).
Débarquant l'autre jour dans ma chambre alors que je m'apprêtais à m'habiller (mais laissez moi tranquille!!!!!), il me regarde avec circonspection (la copine de son père), et me tient à peu près ce langage:
"Mais maman, il est où ton zizi?"
Moi, sereine et didactique : "Mais je n'ai pas de zizi comme les garçons mon chéri. Tu sais bien, je suis une fille".
Lui, catastrophé : "Mais ... comment tu fais pipi?
J'explique alors, toujours zen et maîtresse de moi-même, le coup du petit trou, tout ça tout ça...
"Un petit trou?" me demande mon fils, perplexe. Puis, du ton de celui qui vient de découvrir la théorie de la relativité : "Ah oui, dans la barbe!".
...
Je ne suis pas certaine que ces enfants respectent complètement complètement ma féminité florissante.
Hier soir, mon bout de chou, toujours, m'a déclaré à table : "Maman, tu n'es plus une jeune fille toi. T'es plus bère..."
Ah, les enfants, ces êtres plurs...